• Alors que je tournais ma cuillère dans mon café, il m’est venu, je ne sais pourquoi ce souvenir de petite fille.

    Je me revois tremper mon doigt effrontément dans le chocolat, le porter à mes lèvres, les yeux à la fois pleins de malice et d’innocence.

    Je me souviens un jour, où il y avait ce tas de caramel, j’étais assise sur la table, à balancer mes jambes dans le vide,  j’hésitais tout en étant tentée, je devais les croquer pour ne pas me faire attraper, mais je préférais de loin les sucer longuement avec ma langue pour faire durer cet instant dans ma bouche.

    En sortant de l’école, L… et moi aimions nous rendre à la boulangerie d’à côté, pour regarder des heures et des heures, ce qu’avaient à nous offrir les vitrines, les éclairs aux chocolats batifolant avec les religieuses, mais ce que je préférais de loin, c’était  ce beignet saupoudré de sucre, devant lequel je fondais de plaisir, que j’aimais à m’attarder, la bouche entrouverte, mon regard reflétait mon envie de lui, je pouvais sentir son parfum, la chaleur du four, ses formes toutes fraîches s’exhibaient, une envie de le parcourir avec la langue pour ensuite goûter à son nectar ce faisait de plus en plus forte. L…toujours si tendre avec moi, ce faisait un plaisir d’aller m’acheter ce beignet  pour me voir une fois dans la main, l’apprécier, le goûter délicatement, faire fondre son sucre sous ma langue, le savouré longuement.

    L’eau me venait à la bouche, je pouvais imaginer se goût si sucré qui aimait tant à titiller mes papilles. Je regardais de l’autre côté de la vitrine, les gens sous la pluie se dépêchaient, sans doute de peur, de devenir guimauve. Quand un homme charmant s’arrêta un instant, hypnotisé devant toutes ces offrandes. Les yeux rivés vers moi, le sourire aux lèvres, il entra. C’était L… mon ami d’enfance, que la gourmandise avait de nouveau réunis. Il était  devenu un bel homme, très bon chic bon genre. La serveuse arriva, me demandant ce que je prenais, L… lui répondit un tendre beignet. Le rouge aux joues, je lui ai offert de s’asseoir, je me suis sentie troublée, chamboulée, après toutes ces années, il n’avait pas oublié.

    Il était devant moi, et ce sentiment d’interdit, de culpabilité, que j’avais pour les gourmandises, venait de me chatouiller de nouveau la langue, mais pour une toute autre gourmandise. Une envie de frissonner de désir.

    Mais pour l’heure c’est une autre histoire.


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